La crise accélère l'industrialisation des back-offices

06-04-2010

Selon Eurogroup, la plupart des banques en ont fait un axe majeur de développement. Les données liées aux clients restent une chasse gardée

Les crises ont la vertu d'accélérer l'histoire. Après avoir échappé au pire, les établissements européens cherchent de nouvelles sources de rentabilité. «La crise a laissé des traces. Les banques vont devoir inventer un modèle plus performant dans la gestion de leurs activités», explique Patrice Hua, associé chez Eurogroup, qui a supervisé l'étude sur la rationalisation des back-offices par mise en place d'«usines».
D'après l'étude, 69% des banques consultées considèrent que le développement des usines jouera un rôle important dans les années à venir. Selon les établissements, leur mise en place pourra générer entre 15% et 25% de réduction des coûts grâce aux économies d'échelles et de 15% à 30% de baisse des coûts de main d'œuvre (via l'externalisation). Les banques attendent également de 10 à 30% de gains de productivité grâce à l'amélioration des procédés.
Des usines existent déjà, notamment dans la conservation de titres (entre BNP Paribas et Crédit Agricole par exemple), ou la monétique ( Transactis, entre la Banque Postale et la Société Générale). Mais «les discours des responsables sont de plus en plus explicites. Cet état d'esprit ouvre de nouveaux champs à la mutualisation des back-offices, notamment dans la gestion des crédits et le compte-épargne», note Patrice Hua.
La variété des organisations bancaires en Europe implique que les problématiques peuvent être très différentes. Mais reste la question essentielle: faut-il développer un modèle interne ou une solution avec un tiers (pour échanger du savoir-faire ou partager des coûts) ?
Trois modèles émergent: l'activité est un centre de profit qui propose ses services à des tiers (comme ProCapital, filiale du Crédit Mutuel Arkea), la coentreprise de concurrents, et la plate-forme interne (internationale ou locale, mono ou multi-enseignes).
Concernant la gestion des crédits, la logique interne devrait prévaloir dans les trois à cinq ans, estime l'étude. «L'étape suivante devrait consister à engager des mutualisations entre concurrents, voire sous-traiter complètement le back-office», poursuit-elle. Mais pas avant dix ans.
Dans le compte-épargne, le développement des usines pourrait se faire dans les trois à cinq ans également, mais leur ampleur devrait essentiellement se limiter aux solutions internes. Car l'accès aux clients, via les données et le marketing, resteront, plus que jamais, la chasse gardée de chacun.
Source : Antoine Landrot, l'Agefi, 29/03/2010    
 
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