Les banques espèrent de nouveaux gestes de la BCE

08-06-2010

Après avoir frappé fort le 10 mai dernier, la Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle faire un geste supplémentaire pour soulager les banques ? La question hante les marchés, alors que l'institut d'émission se réunit après-demain. Plusieurs hypothèses circulent, notamment au sujet d'un nouvel assouplissement des mesures d'injection de liquidités.

La situation du marché interbancaire est en effet toujours tendue. Pour preuve, le montant des liquidités déposées au jour le jour par les établissements bancaires auprès de la BCE a encore explosé : les banques ont amené à la facilité de dépôt environ 350 milliards d'euros (contre moins de 1 milliard avant la crise), ce qui représente autant de liquidités qui n'alimentent pas le circuit du crédit. En d'autres termes, les établissements financiers préfèrent stocker des montagnes d'argent à un taux faible plutôt que de les prêter.

La crise de la dette souveraine a réveillé les soupçons entre banques et leur réticence à se faire crédit entre elles : d'où des taux interbancaires (Libor et Euribor) relativement élevés. Le coût du financement en dollars à trois mois campe sur ses plus hauts annuels, à 0,53 %, tandis que celui en euros a grimpé hier à 0,71 %. Surtout, le coût des liquidités sur le marché interbancaire comparé aux futurs taux de la BCE - qui se mesure par l'écart entre les contrats Euribor et Eonia (dit « Ois-bor ») -est toujours conséquent, même s'il a fléchi par rapport au pic annuel atteint vers la fin mai.

Problème de maturité

Les inquiétudes sont vives car le marché obligataire de la zone euro reste sous pression - ce qui renforce les craintes sur l'exposition des banques aux emprunts d'Etat -mais aussi parce que les établissements financiers vont devoir rembourser 442 milliards d'euros à la BCE dans quelques semaines. C'est en effet le montant qu'elles ont emprunté l'été dernier pour une durée exceptionnelle de douze mois. Cette échéance va donc faire chuter la liquidité qu'elles détiennent actuellement. « Il faut toutefois relativiser ce risque, puisque la banque centrale a prévu une opération spéciale d'octroi de liquidités à six jours pour limiter l'effet de ce remboursement », affirme Patrick Jacq, chez BNP Paribas.

Le montant de liquidités n'est d'ailleurs peut-être pas le principal sujet d'inquiétude. D'après BNP Paribas, le problème le plus délicat pour les banques est lié à la maturité des fonds dont elles disposent actuellement. « La durée de vie moyenne de la liquidité prise à la BCE est tombée à moins de deux mois, alors que les banques ont essentiellement des besoins à trois mois-un an pour financer leur bilan et leurs opérations », souligne Patrick Jacq. C'est notamment l'une des raisons pour lesquelles la spéculation va bon train sur un éventuel prolongement de certaines opérations de la BCE. « A ce stade, l'institut monétaire risque de rechigner à rétablir les injections de liquidités à un an, mais il est possible qu'il fasse un geste sur celles à trois et six mois », avance l'équipe de Deutsche Bank. Un certain nombre d'intervenants estiment que le Conseil des gouverneurs peut décider dès ce jeudi de maintenir au-delà du mois de juin le système des enchères à taux fixe et allocation totale des fonds pour les opérations de refinancement à trois mois.

Si les remous devaient persister, la BCE pourrait aussi agir sur le marché obligataire, en achetant plus de dette souveraine et en diversifiant ses achats en faveur de l'Espagne et de l'Italie notamment. La semaine passée, le montant de l'intervention s'est limité à 5 milliards d'euros, alors qu'il avait dépassé 16 milliards la première semaine. Reste que les membres de l'institution sont divisés sur le bien-fondé de ce programme.

Source : Isabelle Couet, Les Echos, 08/06/2010

 
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