Les banques françaises craignent les futures règles bancaires

13-04-2010

Les banques françaises ont traversé la crise financière sans avarie majeure mais s'exposent à une période de fortes turbulences quand entrera en vigueur la nouvelle réglementation bancaire dite Bâle III, d'ici fin 2012.

Des analystes financiers redoutent que les nouvelles normes bancaires ne contraignent les banques mutualistes Crédit agricole SA et Natixis à retraiter plusieurs milliards d'euros de leurs fonds propres en devant déduire les participations détenues par les caisses régionales.

Depuis leur publication en décembre, les propositions du comité de Bâle, qui font l'objet de consultations, pèsent sur la valorisation boursière du Crédit agricole et de Natixis. Et tant que les incertitudes ne seront pas levées, les craintes sur les fonds propres des deux banques mutualistes vont perdurer.

Le secteur bancaire français n'est toutefois pas un cas isolé. D'après une étude d'UBS, les banques européennes pourraient être contraintes de lever jusqu'à 65 milliards d'euros de fonds propres supplémentaires pour se conformer aux règles de Bâle III.

Dans leur ensemble, les banques françaises se négocient sur le marché avec une décote de 10%, explique Vincent Durel, gérant de fonds chez Fidelity, avec un portefeuille de près de 300 millions d'euros sous gestion.

"Le marché a davantage intégré un risque sur le capital des banques mutualistes que sur les autres banques", souligne Vincent Durel.

Selon lui, les titres Crédit agricole SA et Natixis, qui représentent près de 30% de la capitalisation boursière des banques françaises, se négocient avec une décote de 20% à 25% par rapport à leurs concurrents européens sur la base des price earning ratios (multiple de capitalisation des bénéfices) anticipés pour 2012.

BNP Paribas et Société générale sont en revanche moins affectées que les mutualistes même si ces deux banques seront comme les autres établissements européens pénalisées par l'entrée en vigueur d'un ratio de liquidité.

Le Crédit agricole, premier réseau bancaire de l'Hexagone, pourrait aussi devoir mobiliser davantage de fonds propres en raison du poids de ses activités dans l'assurance.

BAISSE DU "CORE TIER ONE"

Les analystes financiers d'UBS et d'Oddo Securities estiment de leur côté que le ratio de solvabilité "core tier one" de Crédit agricole SA, calculé selon les règles de Bâle III, baisserait de sept points, autour de 2% à 3% contre 9,3% à fin 2009.

D'après Oddo Securities, le ratio "core tier one" de Natixis pourrait baisser de 3,7 points, à 4,5% contre 8,2% à fin 2009.

Pour UBS, l'impact de la nouvelle réglementation sur les ratios de solvabilité financière des banques européennes est estimé en moyenne à 2,2 points.

Les observateurs les plus optimistes font remarquer que le lobbying français devrait être suffisamment efficace pour obtenir des aménagements de la Banque des règlements internationaux (BRI), dont dépend le comité de Bâle et qui est présidée par Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.

"Je pense que des discussions vont avoir lieu entre les régulateurs et la Commission européenne pour adapter certaines des lignes directrices proposées", indique Véronique McCarroll, associée du cabinet de conseil Oliver Wyman.

Une porte-parole de la Banque de France a confirmé qu'il existait "plusieurs solutions possibles" pour répondre aux spécificités des banques mutualistes, sans toutefois donner de détails. Mais tout dépendra encore de l'issue des discussions avec le comité de Bâle.

Il reste à savoir si le soutien de la Banque de France suffira pour contrer certains défenseurs de la ligne dure au sein du comité de Bâle, comme Nout Wellink, le gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas.

Jaap Meijer, analyste chez Evolution Securities, rappelle d'ailleurs que Nout Wellink a récemment attaqué dans la presse les Etats qui réclament des aménagements à la nouvelle réglementation.

"Wellink est à la tête du comité de supervision et il propose une approche plus stricte, ce qui laisse entendre que nous n'aurons pas d'exceptions", explique Jaap Meijer.

Source : Reuters, 12/04/2010    
 
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