Les banques françaises s'arment pour se passer du guichet de la BCE

01-02-2012

Certains évoquent déjà pour l'automne « l'après-BCE », la fin d'une dépendance sans précédent depuis la crise de 2008.« Tout le monde réfléchit à sa stratégie de sortie », indique le responsable financier d'un établissement français. Depuis septembre, les banques françaises sont allées chercher quelque 400 milliards d'euros à la BCE et, comme dans d'autres pays européens, l'injection de liquidité exceptionnelle de la BCE pour près de 43 milliards a complètement inversé la donne.

A peine entamée l'année, « nous avons complètement sécurisé notre programme à moyen terme 2012 grâce à cet appel d'offres », indique un autre responsable. Le comble, va-t-il même jusqu'à affirmer, « nous sommes mêmes légèrement sur-liquides et cela nous coûte. Il faut donc veiller à ne pas trop l'être ».

Cibles d'attaques répétées depuis l'automne sur leur solidité financière, toutes les banques ont drastiquement réduit leur programme 2012. Société Générale a coupé plus de 60 % de ses besoins moyen long terme, les ramenant entre 10 et 15 milliards d'euros et se dit pleinement en mesure de l'assurer même en cas de fermeture des marchés. Au 3 trimestre 2011, la banque a émis pour 4,1 milliards d'euros, dont une part pour 2012, puis a fait des émissions privées. Ces opérations en 2011 lui ont permis d'assurer 42 % de son programme de 26 milliard d'euros. La banque est même revenue sur les marchés avec une émission sécurisée de 1,25 milliard début janvier.

BNP Paribas a réduit ses besoins de 35 % à 28 milliards, dont 8 milliards déjà financés l'an dernier en émissions privées. En cas de fermeture des marchés, elle a indiqué aussi qu'elle pourrait répondre à ses besoins uniquement en placements privés et via les réseaux d'agences. L'an dernier, elle a été capable de lever 19,7 milliards sous cette forme. Idem pour BPCE. Le groupe a réduit son programme de 30 % à 21 milliards d'euros. Le Crédit Agricole a lui coupé son programme d'émission de 45 % à 12 milliards seulement. 

Baisse des primes de risque

L'injection de la banque centrale est venue couronner une année par ailleurs très agressive sur le front de la collecte de dépôts, au point même d'alerter le régulateur. Selon Fitch, les banques ont ainsi gonflé leurs réserves de liquidités de quelque 130 milliards.

Signes manifestes de cette détente générale, les primes de risque des banques françaises ont baissé de 40 à 70 points selon les établissements. Du coup, après des mois de fermeture, elles sont revenues sur les marchés, en obligations sécurisées, voire sur leur propre nom dans le cas de Crédit Mutuel Arkéa sans avoir à mettre des actifs en garantie. Enfin, si cela ne suffisait pas, la BCE ouvrira à nouveau ses vannes le 29 février. Selon les analystes, les banques européennes pourraient aller encore y chercher quelque 500 milliards en hypothèse basse pour affiner leurs besoins.

 

Source : lesechos.fr, 31/01/2012