BPCE : bilan d'un an de présidence25-05-2010 |
Le président du directoire de BPCE revient sur son action à la tête du groupe bancaire depuis quinze mois et livre son analyse de la crise de la zone euro. Estimez-vous que les mesures exceptionnelles récemment prises par les Etats membres vont permettre de régler la crise de la zone euro ? Les réactions coordonnées et vigoureuses des gouvernements et de la BCE ont permis de stabiliser, en tout cas à court terme, une situation qui aurait pu, sinon, devenir très critique. Avant le sommet européen du 7 mai, tous les symptômes de dysfonctionnements déjà constatés après la faillite de Lehman Brothers commençaient à se manifester, même si ce n'était pas avec la même acuité : raréfaction de la liquidité sur le marché interbancaire, écartement des « spreads », valorisation anormale des actifs dans des marchés peu liquides,... Les mesures prises ont donc été à la fois bienvenues et à la hauteur des enjeux. Dans ces conditions, pourquoi la monnaie unique continue-t-elle de se déprécier ? L'Europe et la France avec l'Europe vivent un moment crucial de leur histoire. Pour rétablir durablement la confiance, les gouvernements de la zone euro doivent mettre en oeuvre les mesures annoncées. Pour chaque Etat membre, cela veut dire prendre des mesures sérieuses pour revenir à l'équilibre budgétaire. Et pour la zone euro dans son ensemble, cela veut dire une action unie et déterminée de tous les Etats afin de coordonner leurs politiques économiques. Ce qui exige qu'un saut qualitatif important soit fait en constituant un gouvernement économique de la zone euro. Une cure d'austérité générale ne risque-t-elle pas de casser la croissance ? C'est une affaire de réglage de la politique économique. D'un côté, le niveau des défi-cits atteint pour compenser les effets de la crise n'est pas soutenable sur la durée. D'un autre, un atterrissage des finances publiques ultrarapide et indifférencié selon les Etats aux niveaux exigés par le traité n'est ni réaliste ni souhaitable, économiquement et politiquement. Enfin, le niveau actuel de l'euro est une bonne nouvelle pour l'industrie exportatrice française et européenne. La spéculation n'est donc pas responsable de la crise actuelle ? Il ne faut pas confondre les symptômes et les causes profondes. Il y a un vrai problème économique à régler. Si nous avons besoin, aujourd'hui, d'établir des stratégies économiques coordonnées, c'est dans notre intérêt commun et non pour faire plaisir aux marchés. Au sein d'une union monétaire, seule la coopération économique peut produire des résultats économiques positifs à moyen et long terme. Des stratégies divergentes ne le permettent pas. La création d'un gouvernement économique implique un abandon de souveraineté qui ne fait pas l'unanimité... Il n'y a pas de scénario de sortie maîtrisée de la zone euro. L'« éclatement ordonné » de la zone euro, cela n'existe pas. L'éclatement de la zone euro serait forcément extraordinairement coûteux et douloureux pour tous les Européens, en croissance, en emplois, en qualité de vie. Partager la même monnaie implique une solidarité économique profonde. Nous le savions dès le départ. Il s'agit désormais de mettre cette solidarité en oeuvre. Le plan de sauvetage de la Grèce en est un premier exemple. Quant aux décisions prises le 7 mai, elles me rendent optimistes sur le fait que la France et l'Allemagne, notamment, ont privilégié ensemble la voie de l'approfondissement européen. Certains considèrent que l'Allemagne fait cavalier seul. Qu'en pensez-vous ? Je suis persuadé que la France et l'Allemagne sauront agir main dans la main. On vous a peu entendu sur la régulation financière. Pensez-vous que les normes de Bâle III présentent un risque pour le financement de l'économie ? En Europe, les banques financent l'essentiel des besoins de l'économie. D'un point de vue macroéconomique, il ne serait pas sage de positionner tous les curseurs en même temps dans la même direction. Alors que la reprise est si fragile, et comme les politiques budgétaires vont devenir moins accommodantes, il ne faut pas, en plus, restreindre le crédit parce qu'alors on n'obtiendra pas de bons résultats. Les normes de Bâle III, telles qu'elles sont présentées aujourd'hui, répondent à un objectif de sécurisation du système. Il faut effectivement renforcer le capital des banques et la liquidité, et il est normal que les activités les plus risquées soient davantage taxées en capital. Mais ces normes auront un effet récessif si elles sont toutes appliquées, en même temps et sans discernement. Tout est affaire de do-sage et de calendrier d'ensemble, sinon on aura mécaniquement un assèchement du crédit et une augmentation de son coût. Quel serait l'impact de ces normes pour BPCE ? Nous avons élaboré plusieurs scénarios concernant Bâle III. Nous avons notamment anticipé un renforcement de nos fonds propres de nature à répondre aux exigences des régulateurs. Notre ambition est en effet de renforcer notre structure de capital et notre solidité financière. Notre ratio de fonds propres « durs », qui était de 6,4 % en juin 2009 et de 7,3 % en mars 2010, sera supérieur à 8 % en 2013. Pensez-vous qu'il faille scinder certaines activités des banques, comme le préconise Paul Volcker aux Etats-Unis ? C'est un concept théorique qui risque de se dissoudre dans son exécution ! Il est très difficile de faire la distinction entre le compte propre et les activités orientées clients. Dès lors, je ne vois pas comment mettre cette idée en pratique. Je ne vois pas non plus pourquoi ce principe garantirait une plus grande stabilité financière. Les banques qui ont le plus souffert pendant la crise étaient toutes, ou presque, de pures banques d'investissement et ne faisaient pas de banque commerciale. Il est très difficile de tracer la ligne entre le compte propre et les activités clients. Vous trouverez autant de séparations possibles que de banques ou de modèles économiques au sein des banques. Voyez-vous des distorsions de concurrence dans l'application des règles sur les bonus ? Les banques françaises appliquent strictement les règles sous le contrôle de l'Autorité de contrôle prudentiel. Mais ce n'est pas le cas partout et nous subissons des distorsions de concurrence tous les jours, notamment aux Etats-Unis et en Asie. Or on ne peut pas être durablement en décalage avec le reste du monde. Quel bilan tirez-vous de votre première année à la tête du groupe ? En un an, le Groupe BPCE est devenu un acteur qui compte dans le paysage bancaire français, et même européen. Les résultats du premier trimestre traduisent le redressement progressif du groupe et la performance opérationnelle de ses métiers. Le groupe se conso-lide, renforce ses bases financières et dégage des marges de manoeuvre pour ses développements futurs. D'ici à 2013, nous aurons remboursé l'Etat tout en portant nos fonds propres durs à plus de 8 %. En un an, nous avons installé une nouvelle équipe dirigeante, fait une analyse complète de nos risques, défini une ligne industrielle et stratégique claire. Ce nouveau groupe bancaire tient son rang. Vous avez défini le périmètre futur du nouveau groupe. Quel calendrier vous êtes-vous fixé pour les cessions ? Il n'existe pas d'autre calendrier que celui d'une bonne valorisation de nos actifs et d'une bonne allocation de nos fonds propres. Le respect de notre trajectoire financière n'impose pas de cessions ; nous ne sommes pas des vendeurs « forcés ». Le remboursement des aides d'Etat peut se faire en dehors de toute cession. Etes-vous satisfait des résultats de Natixis ? Oui. Ils prouvent la pertinence de l'orientation stratégique présentée en août 2009 sur la base du diagnostic réalisé avec Laurent Mignon en juin 2009. Nous construisons peu à peu une banque intégrée au Groupe BPCE, qui dégage des bénéfices. Natixis dispose de très bonnes équipes et d'un fonds de commerce de grande qualité. Natixis est sur la bonne trajectoire, mais son redressement n'est pas achevé et devra s'inscrire dans la durée. Natixis a-t-il vocation à rester coté ? Nous nous concentrons sur le redressement de Natixis et la démonstration de sa rentabilité dans sa structure actuelle. Il n'y a pas de projet de retrait de la cote à l'ordre du jour. Nous mettons en oeuvre ce que nous avons prévu, notre priorité étant la mise en oeuvre et l'exécution du plan stratégique de Natixis. L'assemblée générale de Natixis a lieu jeudi. Qu'allez-vous dire aux petits actionnaires qui ont souscrit à la cotation en 2006 ? Je comprends qu'ils ne soient pas satisfaits du parcours boursier de Natixis et qu'ils soient parfois amers. Mais je leur dirai aussi de regarder le parcours accompli depuis mars 2009. Je crois fermement au potentiel de cette entreprise, même si l'environnement n'est pas simple. C'est vrai que Natixis n'a pas été une belle histoire boursière, qu'il a été très affecté par la crise et qu'en outre la situation a été aggravée par le fait que l'introduction en Bourse s'est opérée juste avant l'éclatement de la bulle du crédit. Cela dit, depuis trois ans, son parcours « cumulé » n'est pas plus mauvais que la majorité de ses concurrents français. Nous avons besoin de temps, de confiance et de persévérance pour réussir le plan de redressement que nous avons entrepris. L'entrée de la Caisse des Dépôts dans La Poste va indirectement renforcer sa part dans la CNP. Allez-vous en profiter pour remettre à plat le pacte d'actionnaires ? L'assurance-vie est un métier stratégique pour nous. La façon de le restructurer dépendra en partie de l'évolution de la réglementation sur les fonds propres. Nous verrons d'ici à la fin de 2010 s'il est plus intéressant sur le plan de la solvabilité de développer ce métier en interne ou en partenariat. Le remboursement des aides d'Etat vous contraint-il en matière d'acquisitions ? Non. Les deux sujets ne sont pas liés. Les aides approuvées par l'Europe n'étaient pas des aides au sauvetage mais entraient dans le cadre d'un plan de soutien au financement de l'économie. Elles ne sont donc pas assorties de restrictions en termes de croissance. Dès lors, nous pourrions nous renforcer à l'international, par acquisition ou croissance organique, par le biais de Natixis, dans la gestion d'actifs par exemple. J'ajoute que notre objectif est également de rembourser ces aides aussi vite que possible. Source : Les Echos, 25/05/2010 |
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