Lentement mais sûrement, le crédit bancaire repart15-09-2010 |
Plus de 4 milliards d'euros de profits pour BNP Paribas pour le seul premier semestre, plus de 2 milliards pour la Société générale et presque autant pour le groupe Banques populaires-Caisses d'épargne et le Crédit agricole. La crise, pour les banques françaises, semble reléguée au rang de souvenir. Mais, désormais rétabli, le secteur bancaire s'est-il remis à prêter aux ménages et aux entreprises ? A quelles conditions ? Alors que le crédit est essentiel au redémarrage de l'économie, les banques jouent-elles correctement leur rôle ?
La médiation du crédit, un service public créé au plus fort de la crise par Nicolas Sarkozy, pour aider les PME privées de crédits bancaires, constitue un bon indicateur avancé de l'offre et de la demande. Or, les chiffres publiés, vendredi 10 septembre, montrent une amélioration nette de la situation. Le nombre de dossiers en médiation décroît de 30 % à 40 % par mois depuis janvier par rapport aux mêmes mois de 2009. Environ 800 cas sont enregistrés chaque mois, contre 1 100 en 2009, dans les secteurs des services, du commerce et du BTP. Les mois d'été ont confirmé la décrue, avec au total 1 121 dossiers en juillet et août. "La distribution de crédits tend à se normaliser et cela va continuer, estime le chef de la médiation, Gérard Rameix. Je ne crois pas à un scénario de rechute économique. De mois en mois, on revient à des niveaux de crédits en ligne avec l'activité économique. Il n'y a plus de restriction générale d'offre." Ce reflux, pourtant, ne doit pas tromper. La situation reste tendue pour bon nombre de PME fragilisées durant la crise. Sous-capitalisées, elles suscitent la méfiance des banquiers, allergiques au risque. Les dossiers confiés aux bons soins du médiateur sont plus compliqués à traiter qu'en 2009. M. Rameix le reconnaît, mais se dit combatif : "Même si les dossiers sont plus difficiles à résoudre, concentrés dans des secteurs où l'investissement industriel a chuté, notre objectif est de maintenir un taux de succès moyen de 63 %. Voire supérieur pour les cas représentant le plus d'emplois." Pour M. Rameix, la médiation, créée en pleine crise financière, dans un contexte d'extrême urgence "reste pleinement utile à l'économie, compte tenu du recours qu'elle représente pour les PME". Depuis le début de l'année, elle a conforté l'activité de 3 000 entreprises représentant 50 000 emplois. Ce tableau contrasté se retrouve dans les statistiques également dévoilées vendredi par la Banque de France. Celles-ci confirment, toutes entreprises confondues (PME et grands groupes), une reprise des encours de crédits accordés par les banques (+ 2,6 % en juillet par rapport à juillet 2009, après + 2,2 % en juin et + 1,6 % en mai). Cette hausse des crédits profite surtout aux activités immobilières, aux PME indépendantes et aux micro-entreprises. Mais là encore, la nuance est de mise. D'abord, parce que ces chiffres se comparent à une année 2009 de restriction et que l'amélioration reste, donc, modeste. Ensuite, parce qu'il subsiste des tensions, notamment en matière de crédits de trésorerie, destinés à financer l'exploitation à court terme des entreprises. D'après l'enquête de la Banque de France, les encours de crédits de court terme ont baissé de près de 1 % en juillet sur un an. Ils avaient déjà chuté de 18 % il y a un an. " Autant l'atonie des crédits d'investissement est liée à la faiblesse de la demande, autant celle des crédits de trésorerie est due à l'offre, analyse Nicolas Bouzou, directeur de la société d'études Astérés. Les banques restent frileuses face aux incertitudes économiques et aux impayés, encore nombreux. Leur comportement, s'il perdurait, serait préjudiciable à la reprise". Laurence Boone, chef économiste de Barclays à Paris, estime, de son côté, que le marché du crédit reste perturbé. "Les banques, dit-elle, sont redevenues rentables et les tests de résistance ont montré qu'elles étaient suffisamment capitalisées pour résister à des situations difficiles. Mais leurs bilans ne sont pas assainis. Elles n'ont pas retrouvé leur capacité de crédit d'avant la crise." Des marges reconstituées Du côté des ménages, la situation semble également s'être détendue. Le taux de chômage s'étant stabilisé, les banques leur ouvrent plus volontiers leurs portes. Et ce, surtout s'ils sollicitent des crédits immobiliers, traditionnels vecteurs de fidélisation de la clientèle. Les encours de crédits à l'habitat ont bondi de 6,3 % en juillet, l'ensemble des crédits ayant progressé de 5,3 %. Au total, même s'il reste des points de blocage, la machine bancaire semble bel et bien relancée. Il est vrai que les taux d'intérêt pratiqués par les banques ont beaucoup baissé depuis dix-huit mois, passant, pour les ménages, tous crédits confondus, de 6,2 % en moyenne en janvier 2009 à 4,77 % en juillet et, pour les entreprises, de 4,6 % à moins de 3 %. Ces taux restent malgré tout élevés, en regard du coût dérisoire auquel les banques se financent auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Depuis la crise, afin de ne pas gripper l'économie, des facilités de financement ont été créées. Elles permettent au secteur bancaire d'obtenir de l'argent à 1 % de taux d'intérêt. Les banques se sont toutefois gardées de répercuter ces bas taux sur les crédits à la clientèle. Elles en ont profité pour reconstituer leurs marges. Pour l'avenir, une nouvelle réglementation bancaire dite de Bâle III fait peser de nouveaux risques sur le crédit. Elle pourrait conduire les banques à moins prêter pour préserver leurs ratios financiers. Source : Le Monde, Anne Michel, 10/09/2010
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