Les prévisions de la Banque de France

30-11-2010

La prévision économique est un exercice qui n'a jamais été aussi hasardeux. Alain Debiasi ne s'en cache pas. Convié à venir « plancher » sur le sujet à l'invitation de l'université de Reims - Champagne-Ardenne, du Medef et du Centre des jeunes dirigeants, le directeur régional de la Banque de France s'est prêté « avec humilité » à cet exercice. En prenant la précaution de dire que « dans trois mois, tout ce que je dis peut être dépassé »... Une chose est sûre, « le scénario de la reprise se confirme, mais à plusieurs vitesses ». D'un côté les « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine) en tête. Et loin derrière les États-Unis (environ 3 % de croissance), avec la zone euro (autour de 2 %).
Asie en tête, « les pays émergents tirent l'économie ». Pour 2011, les scénarios sont plus incertains concernant les États-Unis (entre 1,1 % et 4,1 %) et la zone euro (1,3 % à 1,4 % en moyenne). Insuffisant pour commencer à réduire la dette de ces pays, et y résorber le chômage.
« Après une récession industrielle d'une violence jamais vue depuis la Grande Dépression de 1929, nous sommes dans un profil en forme de racine carrée », résume Alain Debiasi. À la suite d'un second trimestre qui a surpris par son « rebond », le troisième trimestre marque un « essoufflement », dont seule l'Allemagne, grâce au dynamisme de ses exportations, apparaît exempte.
En France, la consommation des ménages reste un socle robuste. Mais si la demande est soutenue, le déstockage des entreprises n'est pas achevé. Des scénarios plus ou moins optimistes sont envisagés pour sortir de ce cycle et amorcer une tendance inverse.
Sous-emploi des jeunes et des seniors
Alain Debiasi invite à suivre également de près le niveau d'utilisation des capacités de production - à peine 76 % contre 82 % avant la crise -, qui conditionne les investissements en outils de production.
Autre « clignotant », l'immobilier, qui pourrait bien devenir une « bulle » prête à éclater si l'on considère l'actuelle montée en flèche des prix en Ile-de-France.
L'Hexagone souffre par ailleurs du sous-emploi des jeunes et des seniors vis-à-vis de ses grands voisins, ainsi que d'investissements dans la recherche et l'innovation, qui mériteraient d'être mieux équilibrés entre secteurs public et privé.
Dans une économie mondialisée, c'est aussi la politique monétaire (au cœur du G20), et budgétaire des États qui doit être mieux encadrée. « Des gains de croissance très importants peuvent être attendus des politiques structurelles, et de la coopération européenne et internationale » a-t-il conclu. 

L'Union, 20/11/2010